09 mai 2007

Solenn Poivre d'Arvor

Challenge ABC 2007 – Lettre P


Cela fait un ch’tit bout de temps que j’ai délaissé mon challenge ABC 2007… J’y reviens donc avec ces deux courts livres de Patrick Poivre d’Arvor. Pourquoi deux livres ? Parce qu’ils sont courts (environ 120 pages chacun, en édition de poche) et que les deux parlent de la même chose. Solenn, la fille de Patrick Poivre d’Arvor, était atteinte d’anorexie mentale et s’est suicidée alors qu’elle n’avait que 20 ans. Dans le premier livre, Lettres à l’absente, Patrick Poivre d’Arvor nous parle de l’hospitalisation de sa fille et dans le deuxième livre, Elle n’était pas d’ici, il nous parle de son deuil à lui, suite à son suicide à elle.


« Il n’y a pas de moyen plus efficace de supporter la douleur que la mortification et l’autotorture. La douleur te ronge, te sape et t’engloutit ? Frappe-toi, gifle-toi, fouette-toi jusqu’à ce que tu éprouves des douleurs plus épouvantables. Certes, tu n’en triompheras pas de cette façon, mais tu la supporteras et tu en tireras bien plus qu’en l’acceptant médiocrement. Offre ton corps à la mortification, embrase-le que le feu en sorte, bande tes nerfs et serre les poings, comme pour tout casser, comme pour embrasser le soleil et repousser les étoiles. »
CIORAN, Le Livre des leurres


4ème de couverture

Comme des milliers d’adolescentes en France, Solenn, seize ans, est atteinte d’anorexie mentale : une maladie d’origine psychologique qui conduit le sujet à refuser toute alimentation, au point de mettre sa vie en péril.
Solenn est l’« absente » de cette bouleversante lettre ouverte, dans laquelle Patrick Poivre d’Arvor, en marge de la vie trépidante d’un journaliste vedette de la télévision, s’interroge inlassablement sur les causes, sur l’aide aussi qu’il peut apporter à son enfant. Et dévoile la souffrance d’un père par-delà son aura d’homme public.

Ce Breton, qui parle si bien de Belle-Île et de Trégastel, est de granit. Quand l’ignominie veut le blesser, il a la réaction d’un enfant indigné, rageur. Et quand le malheur menace, il fait front. Vous l’avez compris, ses « lettres » à Solenn sont bouleversantes…
Jean-François Josselin, Le Nouvel Observateur


Mon avis sur Lettres à l'absente

Ce livre est le cahier qu’a écrit Patrick Poivre d’Arvor alors que sa fille, Solenn, était hospitalisée au Kremlin-Bicêtre pour anorexie mentale. Trois mois d’enfermement dont les deux premiers sans voir personne, sans contact écrit ou téléphonique, sans que sa famille n’ait le droit de lui transmettre aucun message.

« Le 11 septembre, elle fut hospitalisée. Commença alors pour moi une longue nuit que ce journal m’a aidé à déchirer. » (p.91)

Dans ce cahier, Patrick Poivre d’Arvor se parle à lui-même, et aussi à sa fille. Il nous livre ses angoisses, ses peurs, ses déceptions, ses petits bonheurs, mais surtout il nous parle de son amour immense pour sa fille. Il revient sur le passé, sur des moments de bonheur et des moments plus douloureux. Tout cela par petites touches, sans en dire trop. C’est émouvant. Mais pas autant que le deuxième livre, qui lui m’a énormément plus touché…



« Qui sait déchiffrer les visages lisait aisément dans le sien qu’elle n’était pas condamnée à durer, que le cauchemar des années lui serait épargné. Vivante, elle semblait si peu complice de la vie, qu’on ne pouvait la regarder sans penser qu’on ne la reverrait jamais.
L’adieu était le signe et la loi de sa nature, l’éclat de sa prédestination la marque de son passage sur terre ; aussi le portait-elle comme un nimbe, non point par indiscrétion, mais par solidarité avec l’invisible.
»

CIORAN


4ème de couverture

En janvier 1995, Patrick Poivre d’Arvor bouleversait des millions de téléspectateurs en apparaissant à l’écran au lendemain du suicide de sa fille Solenn. Déjà, dans Lettres à l’absente, il nous avait livré avec une émouvante simplicité le dialogue d’un père et de sa fille anorexique. Ce livre lui valut un abondant courrier dans lequel des malades, ou leurs proches, lui disaient leur reconnaissance pour avoir témoigné de ce qu’ils vivaient.
Avec la même sincérité et la même pudeur, il nous dit ici ce que fut – ce qu’est toujours – le deuil. Ces pages écrites au hasard d’un voyage en train, ou dans les rares moments d’inaction d’un homme qui voulut se jeter dans le travail pour éviter de souffrir, ont un inoubliable accent de vérité. « Si cette souffrance qui a été la nôtre peut aider tous ceux qui ont été ou vont être confrontés à la boulimie ou à l’anorexie, écrit Véronique Poivre d’Arvor en préface, alors Solenn ne sera pas morte pour rien. »


Mon avis sur Elle n'était pas d'ici

Comme je vous l’ai dit juste un peu avant, ce livre-là m’a beaucoup plus touché et ému que Lettres à l’absente. Encore une fois, Patrick Poivre d’Arvor parle à sa fille à travers ce cahier, rédigé dans les semaines suivant sa disparition. Une disparition tragique : Solenn s’est jetée sous une rame de métro à la stations Sablons. Je passe rarement par cette station mais désormais, j’aurai une pensée pour Solenn à chaque fois que j’y passerai.

A travers ces pages, Patrick Poivre d’Arvor nous parle de ce qu’il s’est passé suite à la publication de Lettres à l’absente, de ces milliers de lettres qu’il a reçues (il en cite quelques-unes). Il nous parle des derniers mois de Solenn, de ces derniers instants avant que tout bascule. Il nous parle de ses funérailles. Il nous parle de la disparition d’un être cher. Et puis aussi de ce désir d’écrire à ce sujet. Avec des mots emplis de sincérité et de pudeur. Avec son cœur. J’avais une boule dans la gorge tout le long du livre.

Avant de lire Elle n’était pas d’ici, voici ce que j’avais écrit : « Ce n’est pas le genre d’écrit que j’affectionne particulièrement, mais il m’a permis de découvrir une autre facette de Patrick Poivre d’Arvor. Tout d’abord en tant que père, si émouvant. Puis aussi en tant qu’écrivain. Même si je pense que ce genre d’écrits, spontanés, émotionnels, peut-être très différent d’un travail d’écrivain sur un roman, plus travaillé. Mais on sent une plume, qui me donne envie de lire d’autres livres de Patrick Poivre d’Arvor. » J’ai écrit cela en pensant à ses Lettres à l’absente. Maintenant que j’ai lu Elle n’était pas d’ici, j’apporterai une légère précision car ce deuxième livre m’a beaucoup plus plu car beaucoup plus touché. L’émotion dans ce deuxième livre est vraiment plus forte. Et on y retrouve la plume de Patrick Poivre d’Arvor, tellement touchante… et qui me donne tant envie de continuer dans la découverte de ses écrits. Mais en gardant dans un coin de ma tête que ces deux livres sont spéciaux car il y laisse parler son cœur et que peut-être dans ses autres romans, ce sera différent.

Retrouvez l'avis d'Anne !



A propos de l’auteur

Je ne sais pas si j’ai besoin de dire qui est Patrick Poivre d’Arvor, notre cher PPDA ! On le connaît surtout en tant que présentateur du journal télévisé. Mais c’est aussi un écrivain. Il a écrit en solo, mais aussi à quatre mains, avec son frère Olivier. Je vous en dirai plus sur sa facette d’écrivain une fois que j’aurai lu d’autres de ses écrits !


Photos Couverture : Amazon.fr

8 commentaires:

BelleSahi a dit…

les livres de PPDA sont très émouvants. Ils sont de véritables témoinages et ils peuvent aider beaucoup de gens qui sont perdus face à cette maladie qu'est l'anorexie.

Caro[line] a dit…

Oui, BelleSahi, ses livres ont du aider beaucoup de gens, aussi bien des personnes atteintes d'anorexie que leur entourage. D'ailleurs, Patrick Poivre d'Arvor nous dit dans Elle n'était pas d'ici qu'il avait reçu beaucoup du courrier suite à ses Lettres à l'absente de personnes anorexiques (ou d'anciennes anorexiques) ou de leur famille le remerciant.

Aude a dit…

Il y a egalement "A Solenn" de Véronique Poivre d'Arvor : sa mère a aussi voulu lui rendre hommage, exprimer la douleur de toute une famille, mais également dire sa solidarité avec tous les parents et adolescents concernés par le drame de l'anorexie.

Tamara a dit…

Comme toi, ce n'est a priori pas mon genre de prédilection mais j'avais été touchée par Un voile en noir d'Annie Duperey (la comédienne) et je pense que je le serais aussi par PPDA...

Caro[line] a dit…

Oui, Aude, j'ai vu que Véronique Poivre d'Arvor avait aussi voulu témoigner de ce qu'ils ont vécu. A lire aussi, à l'occasion.

Je pense, Tamara, que quand les gens parlent avec leur coeur, on ne peut pas rester insensible à leurs écrits, même si ce ne sont pas notre style de lecture habituel.

Anne a dit…

J'avais déjà noté ces titres sur ma LAL, et là je vais les surligner. Ta critique est très touchante.

Caro[line] a dit…

Anne, j'attends avec impatience ton avis sur ces 2 petits livres si plein d'émotions !

Anonyme a dit…

Salut à tous les lecteurs de ce forum ,

Premièrement, donnez-moi la possibilité de vous démontrer ma gratitude pour toutes les très "à propos" infos que j'ai retrouvées sur cet impressionnant site web .

Je ne suis pas convaincue d'être au meilleur endroit mais je n'en ai pas vu de meilleur.

Je vis à Woodbridge, canada . J'ai 35 années et j'élève 4 agréables enfants qui sont tous âgés entre six et 14 années (1 est adopté). J'aime particulièrement beaucoup les animaux et je fais de mon mieux de leur donner les produits qui leur rendent la vie plus splendide.

Je vous remercie à l'avance pour toutes les formidables débats dans le futur et je vous remercie surtout de votre compassion pour mon français moins que parfait: ma langue maternelle est l'espagnol et je fais de mon mieux d'éviter les erreurs mais c'est très complexe !

A +

Arthru