03 avril 2007

J'étais derrière toi - Nicolas Fargues

Voici un roman que j'ai choisi à cause de son 4ème de couverture et de son 1er paragraphe.


4ème de couverture

C'est dans la trentaine que la vie m'a sauté à la figure. J'ai alors cessé de me prendre pour le roi du monde et je suis devenu un adulte comme les autres, qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il est. J'ai attendu la trentaine pour ne plus avoir à me demander à quoi cela pouvait bien ressembler, la souffrance et le souci, la trentaine pour me mettre, comme tout le monde, à la recherche du bonheur. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je n'ai pas connu de guerre, ni la perte d'un proche, ni de maladie grave, rien. Rien qu'une banale histoire de séparation et de rencontre.


Début...

« Ero dietro di te : tu sais ce que ça veut dire, en français ? Ca veut dire J’étais derrière toi. En fait, pendant tout le dîner, elle était assise à une table derrière la nôtre et elle a passé son temps à me regarder sans que je le sache. Et, c’est marrant, je suis en train de me rendre compte qu’en la tirant un peu par les cheveux, elle est éminemment symbolique, cette phrase. Elle pourrait signifier aussi : « Pendant tout ce temps, toutes ces années, j’étais juste derrière toi, pas très loin et tu ne m’as pas vue. C’était l’évidence même, toi et moi, mais on se ratait à chaque fois. Maintenant, me voilà, je suis là et je compte bien te le faire savoir, la balle est dans ton camp, tu ne pourras pas dire que tu n’a (*) pas été prévenu et te lamenter d’être passé à côté de la chance de ta vie. » Non ? »

* Je - moi, Caro[line] - recopie tel quel le texte, c’est-à-dire avec la faute d’orthographe… No comment.


Mon avis

Après ce début prometteur, je m’attendais à découvrir une très belle histoire d’amour. Alors oui, ce roman nous parle d’une très belle histoire d’amour, celle du narrateur avec Alice. Mais le narrateur nous raconte aussi son autre histoire d’amour, celle avec Alexandrine, sa femme, d’une violence morale et physique absolue ! Son histoire avec Alice est aussi douce que son histoire avec Alexandrine est violente. Le narrateur est partagé entre ces (ses) deux femmes : Alexandrine, qu’il aime comme un fou, mais qu’il n’arrive pas à satisfaire, et Alice, son ange blond de Romanze, avec qui il se sent (tout simplement) bien, avec qui le couple n’est pas un combat.

Ses moments de violence entre le narrateur et Alexandrine, c’était trop pour moi ! Trop dans sa violence. Je me demande comment on peut en arriver là, se laisser humilier à ce point, (soi-disant) par amour.

Nicolas Fargues a choisi la forme du monologue pour nous raconter cette histoire. Le narrateur s’adresse à un ami, dans un long monologue ininterrompu. Je l’ai souvent trouvé un peu « soûlant », son monologue. Il parle, il parle, il parle…

D’ailleurs, il demande à son ami :
« Mais, avant tout, je voudrais quand même savoir si je ne te prends pas trop la tête. Je parle, je parle, je parle, là, mais, comme tu ne me dis rien, impossible de savoir ce qui t’intéresse et t’intéresse moins dans tout ce que je te raconte. Impossible de savoir si tu m’écoutes par politesse en rongeant ton frein ou si tu t’identifies réellement à ce que je te dis de moi, bien que ce ne soit pas ton problème. Parce que c’est un risque, de prendre la parole, surtout si l’on parle de soi. On n’a aucune distance sur l’effet qu’on peut produire. Et, si ça trouve, tu n’en as rien à taper, de mes états d’âme. Je ne sais pas, moi, t’as envie de la connaître, la suite ? Tu ne préfères pas aller te coucher ? T’es sûr ? Bon, d’accord, alors je continue. Quant à ma façon de raconter, on verra bien, ça vient comme ça vient et je te le sers comme tel, sans filtre, c’est plus simple. Si tu en as marre, tu me fais signe et j’arrête, O.K. ? » (p.124)

Et aussi :
« parmi tous ceux à qui j’ai pu parler de mes problèmes ces derniers temps, toi compris, il y en a bien un ou deux à qui j’ai dû prendre la tête à haute dose, non ? Je te saoule pas, là ? T’es sûr ? Mais je m’en tape, finalement, qu’on m’écoute ou pas. Maintenant, je parle. » (p.15)

Alors oui, j’avais envie de lui dire : « Si, tu me soûles ! » :o)

Et le narrateur est presque agaçant à toujours vouloir relever et s’excuser de toutes les figures de style qu’il fait :
« On se quitte émoustillés par la conversation mais sur une promesse trop vague, un peu en queue de poisson. Vague, queue de poisson, je fais des jeux de mots involontaires, excuse-moi. »

Par contre, j’ai beaucoup aimé lorsque le narrateur décrit son premier rendez-vous avec Alice. C’est beau, doux, tendre. J’ai été happée par cette description.

Donc, conclusion : est-ce que j’ai aimé ou pas ? C’est difficile à dire… J’ai été énormément touchée, négativement, par les rapports du narrateur avec sa femme, Alexandrine. C’était à la limite de l’absurdité car je n’arrivais pas à concevoir une telle violence. Par contre, j’ai trouvé très beau ces 24 heures qu’il a passées avec Alice. Mais il y a aussi ce choix de narration, le long monologue ininterrompu, la lourdeur du narrateur, qui m’a énormément déplu.

Donc conclusion : ce n’est pas un livre que je recommanderais forcément.
En revanche, je serai très intéressée de savoir ce que d’autres en ont pensé !

PS du lendemain : En relisant mon message, je pense que je ne suis pas arrivée à faire passer une chose... J'ai beaucoup aimé quand le narrateur nous parlait de sa relation avec Alice. En revanche, je n'aimais pas du tout quand il parlait de ses relations avec sa femme Alexandrine, et c'est dans ces moments-là où j'ai trouvé sa façon de raconter lourde, soûlante... Suis-je plus claire ? :o)

Pour en savoir plus sur Nicolas Fargues :
http://www.evene.fr/celebre/biographie/nicolas-fargues-16047.php



Photo Couverture : Amazon.fr

9 commentaires:

Arno a dit…

Bonjour Caroline,

J'ai commencé la lecture de ce livre ce mois-ci, d'après les conseils d'un ami, et je suis un peu du même avis que toi!
La narration est effectivemment lourde, avec tous ces clins d'oeil inutiles.
Après en ce qui concerne la violence de sa relation avec sa femme, je pense que de pareilles scenes existent vraiment malheureusement. Donc je n'ai pas trouvé ça, trop exagéré.
En conclusion, c'est un bouquin moyen. Autant en terme d'originalité, que d'écriture.

Arno

Caro[line] a dit…

Merci, Arno, de ton commentaire car je n'avais entendu aucun avis sur ce bouquin (pourtant, j'en lis des blogs...), pris au hasard dans une bibliothèque. Et rassurée de voir qu'on est du même avis. :o)

Je redonne ici le lien vers ta page My Space :
http://www.myspace.com/narno_
car cela ne fonctionne pas quand on clique sur ton nom au-dessus de ton commentaire.

Anonyme a dit…

Salut Caroline,
eh bien moi je l'ai trouvé plutôt bien, ce livre. Il s'agit d'un personnage décrit avec toutes ses hypocrisies, ses contradictions; il se vante, joue au modeste, se dédit, tente de convaincre/se convaincre. Je le trouve très réel,très "juste". J'avais lu de Fargues Rade Terminus, et j'y avais trouvé la même intelligence des personnages : chacun possède ses propres intonations, sa voix.
je reprocherais à fargues peut-être un manque de largeur au niveau des thèmes et de la vision, mais certainement pas d'être ennuyeux ou mauvais auteur.

Caro[line] a dit…

@ Anonyme :
Dommage que vous soyez Anonyme !

Peut-être que c'est parce que le narrateur était très juste que justement il m'a saoûlé/ennuyé dans ces monologues... Plusieurs mois après, je m'en souviens encore bien (d'un autre côté, c'est quand même un bon signe !) !

En revanche, je ne remets pas du tout en cause tout ces moments avec Alice que j'ai vraiment trouvé très beaux ! Il y a quelque chose quand même...

C'est rigolo, on l'a déjà dit 15000 fois mais cela m'émerveille toujours pareil de voir comme nous n'appréhendons pas les choses de la même façon dans une lecture... Autant vous avez aimé les contradictions du narrateur et moi, c'est ce que je lui reproche ! J'adore !

Ariane a dit…

moi j'ai adoré, franchement... quelle belle histoire, quelle franchise, quelle vérité. la lourdeur de la narration de peut aller de pair qu'avec ce besoin du communication du narrateur, cloisonné dans cette non-communication avec la castratrice Alexandrine. Enfin :)

Caroline a dit…

Oui moi aussi ca m'a saoulé... les longues descritpions d'humiliations, le monologue pour moi dans une écriture médiocre. Oui la rencontre avec Alice est superbe comme toutes les rencontres amoureuses et l'idée de départ prometteuse, mais cela s'arrête la. J'avoue même avoir sauté plusieurs pages ...
C'esttrès rare que je m'ennuie dans un livre comme je mesuis ennuyée la...

Nico a dit…

"J'ai beaucoup aimé quand le narrateur nous parlait de sa relation avec Alice. En revanche, je n'aimais pas du tout quand il parlait de ses relations avec sa femme Alexandrine". Je suis tout à fait d'accord avec toi: autant le flirt avec la jeune Alice est vivant et plein de fraîcheur, autant les descriptions d'Alexandrine sont oppressantes: la femme est décrite comme tyrannique et inhumaine, et même franchement détestable. C'est dommage, d'autant que la partie italienne semble finalement sous-développée, puisqu'elle ne couvre au final qu'un tiers du roman. L'écrivain a des qualités, donc, mais il aurait davantage dû s'attarder sur la partie italienne, au lieu de se noyer dans ses nombreux apitoiements sur sa pauvre condition de mari tyrannisé.

Nath a dit…

Bonjour à tous,
Ce la fait déjà un moment que j'ai lu ce livre. c'était le premier de Nicolas Fargues que je lisais, et je peux vous dire que j'ai adoré. je comprend très bien que vous ayez trouvé un peu soulant, mais c'est juste ment ce que j'ai adoré. C'est raconté avec tant de naturel et de simplicité, il parle comme ça lui vient, comme si nous étions en conversation avec un ami. Et c'est ce qui le rend d'autant plus touchant, réél. Il ne cherche pas des mots sophistiqués ou qui sortent de l'ordinaire, bien au contraire, il parle un langage tout à fait commun.
Pour moi, il fait parti des livres que je conseillerais.

patate a dit…

Je suis d'accord avec toi. Je suis en train de le lire et je me force à le finir mais je ne suporte plus la relation de violence, d'humiliation et de soumission avec alexandrine. on ne comprends pas pourquoi il accepte tout ça. c'est glauque