19 avril 2007

Comme un roman - Daniel Pennac

Après mon lâche abandon d'Une exécution ordinaire de Marc Dugain (j'en parle ICI), j'ai voulu me réfugier auprès de Daniel Pennac car je savais que dans ses droits imprescriptibles du lecteur, qu’il nous livre dans Comme un roman, il y avait celui de ne pas finir un livre. Alors je me suis dit que, peut-être, il me réconforterait…



4ème de couverture

LES DROITS IMPRESCRIPTIBLES DU LECTEUR

1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n’importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n’importe où.
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire.



Je ne me souviens plus si j’ai déjà lu ce roman ou non… Une chose est sure, je l’ai croisé régulièrement dans la bibliothèque de ma maman. Nous avons toujours été fan de Pennac et de la tribu Malaussène !

Dans ce roman (ou essai ?), Daniel Pennac suit le long fleuve plus ou moins tranquille de l'enfant devenant lecteur...


Petit, l’enfant écoute les histoires que lui racontent ses parents :
« nous étions son romancier à lui, le conteur unique, par qui, tous les soirs, il glissait dans les pyjamas du rêve avant de fondre sous les draps de la nuit. Mieux, nous étions le Livre. » (p.18)

Puis vient le moment, troublant, où l’enfant commence à lire. Puis ce rejet de la lecture. Daniel Pennac nous explique comment on peut en arriver là et comment (peut-être) le résoudre.

Et enfin, il nous livre les 10 droits imprescriptibles du lecteur.
Dont le droit de ne pas finir un livre !

« Le livre nous tombe des mains ? Qu’il tombe. » (p.176)

Merci Monsieur Pennac ! Grâce à vous, désormais, je ne culpabilise plus. ;o)

Ce chapitre sur le droit de pouvoir abandonner la lecture d’un livre m’a semblé très juste. Plutôt que d’en parler pendant des heures (enfin plutôt des minutes…), je préfère laisser la parole à Daniel Pennac car il a su trouver les mots que je n’avais pas trouvés…

Vous vous souvenez que je vous parlais d’un sentiment d’échec ?
« Toutefois, parmi nos raisons d’abandonner une lecture, il en est une qui mérite qu’on s’y arrête un peu : le sentiment vague d’une défaite. J’ai ouvert, j’ai lu, et je me suis bientôt senti submergé par quelque chose que je sentais plus fort que moi. J’ai rassemblé mes neurones, je me suis bagarré avec le texte, mais rien à faire, j’ai beau avoir le sentiment que ce qui est écrit là mérite d’être lu, je n’y pige rien – ou si peu que pas – j’y sens une « étrangeté » qui ne m’offre pas de prise. Je laisse tomber. » (p.177)

On n’accroche pas parfois… Souvent il se peut que c’est parce que nous ne sommes pas encore assez « mûrs » pour cette lecture :
« Jusqu’à certain âge, nous n’avons pas l’âge de certaines lectures, soit. Mais, contrairement aux bonnes bouteilles, les bons livres ne vieillissent pas. Ils nous attendent sur nos rayons et c’est nous qui vieillissons. » (p.177)

Et il y aussi une question d’alchimie…
« Le grand roman qui nous résiste n’est pas nécessairement plus difficile qu’un autre… il y a là, entre lui – tout grand qu’il soit – et nous – tout apte à le « comprendre » que nous nous estimions – une réaction chimique qui n’opère pas. » (p.178)

Tout le long de ce roman-essai, Daniel Pennac disserte avec humour et beaucoup de pertinence sur la lecture et la naissance de cet alchimiste qu’on appelle le lecteur. Son style est fluide. J’ai beaucoup aimé !

Je vous livre ici plein d’extraits que j’ai relevés (avec parfois des explications sur le pourquoi) car une des choses que Daniel Pennac reproche aux lecteurs, c’est de vouloir parler des livres au lieu de laisser parler les livres…

« le silencieux éblouissement des pages contre la cadence du métro » (p.92)
→ Cette phrase, je l’ai relevée parce que je lis dans les transports en commun et pour moi, la lecture est un moyen de m’échapper de ce stress urbain.

« Nous sommes habités de livres et d’amis. » (p.96)

« Le vrai plaisir du roman tient en la découverte de cette intimité paradoxale : L’auteur et moi… La solitude de cette écriture réclamant la résurrection du texte par ma propre voix muette et solitaire. » (p.132)
→ En effet, l’auteur est seul au moment de l’écriture et le lecteur est seul au moment de la lecture. C’est là qu’ils se retrouvent !

Pour finir, un long paragraphe… Aucun commentaire car je trouve que tout est dit là :

« L’homme construit des maisons parce qu’il est vivant, mais il écrit des livres parce qu’il se sait mortel. Il habite en bande parce qu’il est grégaire, mais il lit parce qu’il se sait seul. Cette lecture lui est une compagnie qui ne prend la place d’aucune autre, mais qu’une autre compagnie ne saurait remplacer. Elle ne lui offre aucune explication définitive sur son destin mais tisse un réseau serré de connivences entre la vie et lui. Infimes et secrètes connivences qui disent le paradoxal bonheur de vivre alors même qu’elles éclairent l’absurdité tragique de la vie. En sorte que nos raisons de lire sont aussi étranges que nos raisons de vivre. Et nul n’est mandaté pour nous de comptes sur cette intimité-là. » (p.197)


Pour en savoir plus sur l'auteur :
http://www.evene.fr/celebre/biographie/daniel-pennac-136.php


Photo Couverture : Amazon.fr

9 commentaires:

BelleSahi a dit…

J'ai beaucoup aimé comme un roman mais je n'ai pas trop accroché avec la tribu Malausséne.
Il écrit aussi pour les enfants.

Carine a dit…

Voilà qui donne envie de lire encore Daniel Pennac (que j'aime beaucoup aussi)

Caroline a dit…

J'ai adoré la saga Malaussène, et j'ai également beaucoup apprécié Comme un roman. Daniel Pennac y parle de façon très juste de la lecture, on peut tous se reconnaître dans ses propos.

fashion victim a dit…

Voilà un auteur que j'aime beaucoup, il a une plume très alerte et ses droits du lecteur sont très justes! Ses romans pour enfants (la saga Kamo notamment) sont super!

Hilde a dit…

Moi aussi j'ai adoré la Saga Malaussène (que de bons souvenirs), Messieurs les enfants aussi et bien aimé les principes de lecture de Comme un roman. Il faudrait que je le relise un ces jours.

Tryphon a dit…

Très beau livre... Cela fait plaisir de retrouver toutes ces belles citations!

Caro[line] a dit…

Chers vous,

Je vois que la tribu Malaussène a ses fans et ses moins fans. En revanche, Comme un roman a l'air de faire l'unanimité ! Comme le dit Caroline, c'est parce qu'il parle très justement de la lecture qu'on peut s'y reconnaître et apprécier ce roman !

Par contre, je n'ai rien lu de ses oeuvres pour enfants, mais je suis sure que ma maman doit avoir certains de ces livres-là !

Merci à tous vos commentaires !

Mum a dit…

Pas de critique, c'est vrai je suis un peu à la traîne pour lire tes notes de lecture ! Mais la saga Kamo, j'ai, entre autres. J'aime bien et surtout les enfants aiment beaucoup.

Nico a dit…

J'ai beaucoup aimé cet essai, qui comme tu le dis, a le mérite de nous déculpabiliser quand on abandonne un roman (ce qui m'arrive assez fréquemment, les publications sont tellement inégales!). Très intéressant texte, donc, même si certains passages sont moins prenants, je pense notamment à la deuxième partie.