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02 juin 2008

Mes aventures avec ce fabuleux vagin

[Aparté privé : Si j'osais, je dirais que tout a commencé grâce à David Foenkinos et un fameux pique-nique... ;-)]

Au départ, il y a une pièce.

J'ai l'impression d'avoir toujours vu les affiches dans le métro parisien. Des gens de mon entourage y étaient allés. Mais rien. Aucune envie spéciale d'y aller. Parce que personne ne m'avait dit : « Caro[line], il faut absolument que tu ailles voir cette pièce ! » Pourtant on aurait du me le dire, me l'imposer, m'y traîner de force. Car cette pièce est drôle (enfin, pas tout le temps) et bouleversante.



Et j'ai eu - enfin ! - la chance d'y assister, il y a un mois de cela.
Sur scène : Micheline Dax, Maïmouna Gueye et Gabou. Trois actrices exceptionnelles.

Avant de m'y rendre, je me demandais bien ce que j'allais voir et entendre. Car parler du vagin pendant 1h15... heu, ok mais bon... Mais Eve Ensler a su trouver une certaine façon de nous en parler, bourrée d'humour et d'émotion. Elle a interrogé des femmes, elle leur a demandé de parler de leur vagin. Pas facile mais elle a fait des rencontres exceptionnelles et a su tirer des confidences rares de la part de femmes pas habituées à parler de leur vagin. Et elle a su retranscrire tout cela dans ses monologues avec talent : c'est drôle. Chargé en émotions. Ça fait mal aussi parfois, quand il est question d'excision et de viol... mais ce sont des réalités qu'elle ne pouvait taire.

Les actrices sont aussi pour beaucoup dans l'impact de ces monologues sur le public ! Maïmouna Gueye est exceptionnelle quand elle nous parle de « ce bec de canard infâme et glacé » utilisé par le gynécologue et de tous ces autres objets tels que les tampons et les strings. Et j'ai eu un véritable coup de coeur pour Gabou qui est mignonne comme un cœur.

Je suis sortie de cette pièce toute retournée !

Le texte de la pièce est disponible chez Denoël et je me suis empressée de l'acheter afin de pouvoir relire certains de ces monologues de temps en temps :


Et puis, ce que j'ai appris, c'est qu'Eve Ensler n'a pas seulement écrit une pièce qui se joue depuis maintenant 12 ans dans le monde entier. Elle a créé, en 1998, un mouvement, le V-DAY. Lors de représentations non-professionnelles des monologues, les fonds récoltés sont utilisés pour aider les femmes victimes de violence (violence domestique, viol, mutilations génitales, crimes d'honneur, etc.). Ce mouvement est porté depuis 10 ans par Eve Ensler et tous ces bénévoles qui oeuvrent partout dans le monde.

Les aventures de ce fabuleux vagin
Moïra Sauvage

Calmann Lévy (2008)

C'est ce que nous raconte Moïra Sauvage dans cet essai consacré à Eve Ensler, sa pièce et le mouvement du V-DAY. Elle nous explique la genèse des monologues, la naissance de ce mouvement et les actions qui sont menées en son nom depuis maintenant 10 ans. Elle a suivi Eve Ensler et nous montre le personnage qu'elle est et d'où elle vient. Elle nous emmène dans le monde à la découverte de tous ces bénévoles qui luttent contre les violences faites aux femmes. Il n'est point question de faire une louange à la gloire d'Eve Ensler... Moïra n'hésite pas à nous montrer les critiques faites aussi à l'auteur et son mouvement.

Je dois vous avouer que je ne suis pas fan d'essai, j'en lis très peu. Ayant été remuée par la pièce, je me devais de lire ce livre-là et j'avoue n'avoir eu aucun mal à me laisser prendre par sa lecture. C'est bien écrit, les chapitres sont entrecoupés de petites entractes, dirons-nous, le propos est clair et j'y ai appris plein de choses. Je ne peux donc que vous conseiller de vous plonger à votre tour dans cet essai que vous connaissiez déjà ou non Les Monologues du Vagin car malgré tout, cela permet de voir tout le mal qui est encore fait aux femmes dans notre monde...

Mais mon aventure en compagnie de ce fabuleux vagin ne s'arrête pas là... Le lundi, c'est jour de relâche pour Les monologues au théâtre Michel. C'est donc un lundi soir qu'a eu lieu une représentation spéciale des monologues dans le cadre du V-DAY en présence de plus d'une trentaine d'actrices. Je vais toutes les citer car elles le méritent : Nicole Calfan, Sonia Dubois, Vénus Khoury-Gata, Séverine Ferrer, Pierrette Fleutiaux, Anne-Sophie Guittard, Eva Darlan, Maryse Wolinski, Victoria Bedos, Noëlle Châtelet, Geneviève Brisac, Natacha Henry, Marie-Christine Imbault, Christine Orban, Agnès Vincent-Deray, Emilie Frèche, Gabou, Isabelle Rattier, Emmanuelle Boidron, Isabelle Aubret, Nicole Avril, Camille Laurens, Nancy Huston, Colette Kerber, Maïmouna Gueye, Moïra Sauvage, Stéphanie Bataille, Leïla Ghandi, Madame la Ministre Mme Valérie Létard, Laurence Faron, Florence Cestac, Mélanie Decourt, Françoise Nyssen. Je suis sure que vous reconnaissez plein de noms parmi toute cette liste !

Une partie des monologues a été reprise lors de cette soirée, ainsi que d'autres monologues qui ont été créés plus tard par Eve Ensler. Le tout mis en scène par la dynamique Stéphanie Bataille ! Ce fut un plaisir (et toujours une grande émotion) d'entendre à nouveau certaines monologues et d'en découvrir de nouveau. Mais ce fut surtout un plaisir et une grosse émotion de voir toutes ces femmes sur scène...

De cette soirée exceptionnelle, je retiendrais plus particulièrement trois moments :

- Camille Laurens lisant le monologue intitulé Islamabad. Un monologue lourd, lu de façon magistral par Camille Laurens... Elle était impressionnante dans sa robe rouge. A peine a-t-elle commencé à lire ce texte que le silence s'est fait totalement dans la salle. Cela reste, pour moi, la plus belle et la plus émouvante lecture.

- Nancy Huston mimant l'orgasme du 16ème arrondissement ! Oui, oui, vous avez bien lu. Un moment très drôle !

- Et enfin, le clou du spectacle, le moment le plus émouvant de toute cette soirée... Eve Ensler - herself ! - est venue sur scène à la fin. Elle a fait un discours qui tout de suite, prend aux tripes car elle-même y met tout son coeur. Cette femme a une façon de parler... c'est captivant, c'est vibrant et les larmes me sont rapidement montées aux yeux. C'est un moment qui va rester longtemps gravé dans ma mémoire...

Cette représentation spéciale des monologues a été un grand moment dans ma vie de lectrice et de femme... Je ne suis pas prête de l'oublier !

Voilà donc le récit de mon aventure avec ce fabuleux vagin ! Une aventure très émouvante.

Un énorme merci à Christian et Moïra pour m'avoir permis de vivre cette fabuleuse aventure !

04 février 2008

Le vieux juif blonde - Amanda Sthers


A chaque fois que je voyais l'affiche de cette pièce de théâtre dans le métro parisien, je me demandais ce qui se cachait derrière ce titre mystérieux... Le vieux juif blonde... Et c'est avec surprise que j'ai découvert, récemment, que l'auteur n'était autre qu'Amanda Sthers, cette jeune et belle auteur que j'ai eu la chance de rencontré au Figaro et à Sciences-Po.

Et j'étais donc contente quand Macopinepauline m'a proposé de me prêter le texte de cette pièce. J'ai ainsi pu (enfin !) découvrir ce qui se cachait derrière ce titre...

Sophie est une jeune et jolie fille blonde de vingt ans. Et elle se prend pour... un vieux juif de 77 ans ! Pourquoi cette schizophrénie ? C'est ce que nous allons découvrir tout au long de cette pièce.

Cette réincarnation en un vieux juif ayant été déporté à Auschwitz est l'occasion de parler des juifs, thème qui semble récurrent chez Amanda Sthers (enfin je dis ça mais je n'ai lu qu'un seul autre roman de cet auteur, Chicken Street, l'histoire des deux seuls juifs d'Afghanistan). Et surtout, c'est une drôle de façon pour cette jeune fille de se détacher de la réalité, de cette réalité qui lui est difficile de supporter, de sa famille et de son drame. Cette pièce qui traite d'un sujet sérieux, grave et triste est aussi parsemée d'humour. J'aurais beaucoup aimé la voir mise en scène ! Ce doit être une belle performance d'actrice. Malheureusement, elle ne se joue plus ! Mais en attendant, je vous recommande sa lecture !

PS : Merci à Macopinepauline pour le prêt !

04 novembre 2007

Berlin Fragments

Ai-je besoin de vous rappeler combien de belles rencontres j'ai fait grâce à mon blog ? Et ça continue... La dernière en date : Magda ! Cette vierge de Foenkinos - elle l'a elle-même avoué ! - a un blog : Ce que tu lis. Sa spécialité ? Interviewer des lecteurs qui croisent son chemin. Mais ce n'est pas tout... Ceci n'est qu'une toute petite partie des talents de Magda... Car en fait, Magda, de son vrai nom Maguelonne Heugel, est aussi - et entre autres - auteur et metteur en scène de théâtre ! Et mercredi soir dernier, Fafa et moi, nous sommes allées voir sa pièce de théâtre, Berlin Fragments.


Berlin Fragments, c'est l'histoire de deux soeurs, Joséphine et Sissi, qui ne se comprennent plus. Joséphine ne parle que de son histoire d'amour avec un photographe et Sissi est seule avec sa maladie, car elle est incapable d'en parler à sa soeur. Leur voisine, une Marlène Dietrich bavaroise, et la mystérieuse Katrin vont tenter de les reconcilier à travers la ville de Berlin.

J'allais voir cette pièce seulement poussée par ma curiosité de découvrir quelques chose de nouveau et ce fut un agréable surprise : j'ai A-DO-RE ! Voici une belle pièce sur la ville de Berlin. C'est très très drôle et en même temps grave, avec des dialogues savoureux, une mise en scène très sympa et des actrices é-pa-tan-tes ! Bravo Magda !

Je tiens à parler de ces 4 actrices, à citer leur nom car toutes sans exception donnaient vie à leur personnage d'une façon superbe ! Marie-Bénédicte Cazeneuve jouait le rôle de Joséphine, cette jeune femme amoureuse de Berlin et de ses plantes (Ah ! Jean-Bobby ! Quelle belle plante !). Kim Schwarck était fabuleuse dans le rôle de la Marlène Dietrich bavaroise (une mention spéciale pour la scène du boa !). Sophie Tonneau jouait Sissi, cette grande soeur désemparée face à sa maladie. Et la très belle Clarisse Plasteig, qui jouait le rôle de la mystérieuse Katrin. Bravo les filles !

Magda nous a dit que cette pièce a déjà été jouée, il y a un an. Ce soir-là, c'était un one-shot dans le cadre d'une soirée Cabaret Berlinois organisée par l'association TAKT. J'espère que cette pièce sera rejouée prochainement afin que vous puissiez aller la voir !

Pour en savoir plus sur cette pièce et ses actrices, pour voir des vidéos et des photos, allez faire un tour sur le site de la compagnie Le Théâtrouche !

21 février 2007

Carte blanche à Fabrice Luchini


Mardi dernier, nous sommes allés voir Fabrice Luchini au Théâtre de la Villette.

Voici ce qu'il est écrit sur le tract qui traînait à l'entrée du théâtre :
"Le Théâtre Paris-Villette accueille cette série de lectures avec Fabrice Luchini. Nous sommes heureux de partager avec vous ce moment exceptionnel de poésie qui en partant de Paul Valéry nous emmène jusqu'à Molière en passant pas l'incontournable sémiologue des années 80, Roland Barthes."

C'est la deuxième fois que nous allons voir des lectures de Fabrice Luchini. La première fois, c'était au Théâtre du Montparnasse où il nous avait récité des passages de Voyage au bout de la nuit de Céline. L'expérience avait été mitigée : Fabrice Luchini qui récite, c'était super, il nous a fait quelques moments-Luchini drôles, mais on le sentait extrêmement fatigué, au bout du rouleau, et il était très très irritable, très sarcastique.

Mais cela ne nous a pas empêché d'y retourner une deuxième fois. :o)

Cette fois, point positif, on le sentait extrêmement détendu. Une dizaine de personnes est arrivée en retard, il nous avait déjà lu un long texte de Paul Valéry. Et il a plaisanté ! Un téléphone a sonné en plein milieu de la pièce : idem ! Pendant le rappel, une femme est sortie de la salle en passant de vant lui alors qu'il était en train de parler : idem ! Et enfin, quelqu'un a crié "Johnny !" (les gens adorent quand Luchini fait Johnny !). Là aussi, il a eu la "zen attitude".

Mais j'en suis (encore) ressortie avec un avis mitigé. Cette fois, c'est parce que j'ai ressenti un décalage énorme entre ce que le spectacle annonce - des lectures de textes - et ce pour quoi les gens viennent. Les gens voulaient du Luchini avant tout. Je peux comprendre, mais les gens veulent plus du Luchini que (re)découvrir des textes, des auteurs. Je l'avoue, je suis venue aussi pour avoir du Luchini, mais je suis d'abord, et avant tout, venue pour découvrir des textes, des auteurs, savoir pourquoi aussi il a choisi ces textes. Peut-être étions-nous plusieurs dans ce cas-là, mais j'ai quand même eu l'impression que la majorité du public n'était pas dans cet état d'esprit. C'est dommage...

Fabrice Luchini en joue aussi ! Peut-être n'a-t-il pas trop le choix ? Peut-être en a-t-il pris son parti ? Peut-être est-ce impossible d'avoir Luchini seul sur scène et que les gens ne viennent que pour des textes ? Peut-être cela l'amuse-t-il ? Peut-être en joue-t-il ?
En tout cas, quand quelqu'un a crié "Johnny !", il a répondu : "La bêtise n'est pas mon fort." Je trouve cette réplique superbe !

Bon, sinon, revenons au contenu de ses lectures... :o)

Il nous a lu des extraits de Tel quel de Paul Valéry, des Fragments du discours amoureux de Roland Barthes, des Femmes savantes de Molière, de Flaubert (je ne sais pas de quel roman) et un poème de Rimbaud. J'ai beaucoup aimé Paul Valéry et Roland Barthes, que je connaissais juste de nom. Le soir-même, ils étaient sur ma LAL. Malheureusement, ils n'était pas à la FNAC... mais je les ai commandés sur le net !

On a eu aussi à des purs moments-Luchini quand il nous a parlé d'un de ses premiers films, Perceval le Gallois (fiche Allociné), et de sa rencontre avec Roland Barthes. Ce sont de très bons moments où Luchini est Luchini à fond et où il nous fait rire !

J'adore lire mais il est agréable aussi de se faire lire un texte, surtout quand la personne souligne les passages qu'elle trouve elle-même intéressant, fort ou émouvant. Fabrice Luchini est très fort à ce jeu ! C'est du bonheur.

La lecture orale est une nouvelle façon d'aborder un texte. J'aimerais bien aller à d'autres lectures. Je lance un appel : connaissez-vous de tels événements sur Paris ?

En attendant que je vous parle de Paul Valéry et Roland Barthes (une fois que je les aurai lus), voici deux citations que j'aime beaucoup, tirées de Tel quel de Paul Valéry :

"La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie."

"Les mots sont des planches jetées sur un abîme avec lesquelles on traverse l'espace d'une pensée."